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Le commerce de la guerre : comment des armes italiennes vendues à la Russie ont été déployées par des milices de l’armée syrienne

décembre 28, 2019

Par Syrie Factuel

Ces révélations ont été réalisées par Benjamin Strick, Leone Hadavi et Bashar Deeb après une enquête longue d’un an dans le cadre du EU Arms Project, une collaboration entre Bellingcat et Lighthouse Reports. Remerciements spéciaux à Francesca Costantini qui nous a aidés à étudier les rapports du gouvernement italien.

La vente d’armes à la Russie est interdite en raisons des sanctions imposées à la suite de ses attaques sur l’Ukraine. L’Italie a cependant fourni des Véhicules-Tactique-Léger-Multirôles (VTLM) au ministère de la Défense russe après l’établissement de ces sanctions.

La position commune de l’Union européenne demande que ses membres :

  1. Refusent l’autorisation d’exportation s’il existe un risque manifeste que la technologie ou les équipements militaires dont l’exportation est envisagée servent à la répression interne;
  2. [Fassent] preuve, dans chaque cas et en tenant compte de la nature de la technologie ou des équipements militaires en question, d’une prudence toute particulière en ce qui concerne la délivrance d’autorisations aux pays où de graves violations des droits de l’Homme ont été constatées par les organismes compétents des Nations unies, par l’Union européenne ou par le Conseil de l’Europe.

Nous avons géolocalisé l’utilisation de ces véhicules à des multiples occasions dans la guerre en Syrie. Ces équipements n’ont pas seulement été utilisés par des personnels militaires russes, mais ont aussi été utilisés voire redistribués à des chefs de milices syriennes sous le coup de sanctions européennes pour leur responsabilité dans des violations des droits de l’homme.

Dans cet article, en utilisant des données disponibles en sources ouvertes, nous montrerons :

  • Ce qu’est le VTLM Iveco italien
  • Comment il s’est retrouvé en Syrie, via la Russie
  • Où et quand le VTLM a été utilisé en Syrie
  • Qui sont les chefs de milices sous le coup de sanctions européennes ayant utilisé le VTLM
  • Pourquoi les transactions réalisées pour vendre ces armes semblent anormales

1. Qu’est-ce que le Véhicule-Tactique-Léger-Multirôles d’Iveco ?

Le VTLM d’Iveco (image ci-dessous provenant du site d’Iveco), également connu sous le nom de « Lince » (Lynx en Italien), est un véhicule modulaire tout-terrain capable de résister à l’explosion d’un EEI (engin explosif improvisé). Il existe en plusieurs versions avec différentes configurations de protection et d’armements.

2. Comment l’Iveco s’est retrouvé en Syrie depuis la Russie

Le transport a été effectué de deux manières, par voies aérienne et maritime. Dans cette vidéo, le VTLM d’Iveco est transporté avec des spécialistes russes vers la Syrie. Les images peuvent être géolocalisées à l’aéroport de Chkalovsky à Chtchiolkovo dans la région de Moscou, filmées depuis cet endroit.

Le VTLM d’Iveco est descendu d’avion à la base aérienne de Hmeimim, en Syrie, ici.

Par voie maritime, le VTLM peut être observé en train de traverser le Bosphore sur le BSF Saratov 150 de la marine russe, ici. Des livraisons ont également été réalisées par le BSF Orsk 148, repéré en train de traverser le Bosphore, visiblement en direction de la Syrie, à au moins une occasion en avril 2018. Il transportait alors le VTLM d’Iveco, comme on peut le voir ici.

Certains VTLM d’Iveco ont également été repérés dans le port de Tartous en Syrie, ici.

L’un des VTLM d’Iveco que l’on peut apercevoir dans les vidéos ci-dessus a une plaque d’immatriculation avec le numéro 1100YO94.

Le numéro d’immatriculation de ce VTLM correspond à celui de l’Iveco utilisé par le commandant des Forces du Tigre de l’Armée arabe syrienne (SAA), Suheil al-Hassan. Al-Hassan est un commandant aussi populaire que controversé au sein de l’Armée arabe syrienne. On peut le voir dans cette vidéo à Idleb, au cours d’une visite de terrain aux côtés d’Assad.

Ces plaques d’immatriculations sont des plaques militaires russes standards : comme le montre la capture d’écran ci-dessous, les deux derniers chiffres de la plaque sont plus petits que les autres, mais plus proche du bord. Cet espace permet d’apposer l’inscription «RUS» en dessous des deux derniers chiffres.

3. Où et quand le VTLM d’Iveco a-t-il été utilisé

Les Forces du Tigre du commandant al-Hassan, à Alep.(محطة حلب الحرارية)

Une vidéo postée sur YouTube le 18 mars 2016 montre une scène qui se déroule au moment de l’offensive pour reprendre la centrale thermique d’Alep. Le VTLM d’Iveco que l’on aperçoit dans la vidéo est utilisé par Suheil Salman al-Hassan (سهيل الحسن‎), commandant des Forces du Tigre de l’Armée arabe syrienne, ou Quwat al-Nimr (قُوَّات النِّمْر) en arabe.

Al-Hassan fait l’objet de mesures de restrictions de l’UE en raison de la situation en Syrie depuis 2014 et a été identifié dans un rapport de Human Rights Watch comme l’un de ceux ayant donné l’ordre d’ouvrir le feu sur des manifestants.

Dans cette vidéo, on peut apercevoir le VTLM d’Iveco et confirmer sa marque en regardant les différents angles de caméra présentés ci-dessous :

Les images peuvent être géolocalisées avec la recherche «Thermal power plants, Syria» qui permet de trouver la liste suivante sur Wikipedia :

Ce qui nous amène à cet endroit, Centrale électrique d’Alep Est.

La localisation de l’attaque se déroulant à l’arrière-plan peut être vérifiée en comparant les images satellites avec d’autres images tournées au sol.

La chronolocalisation de l’évenement peut être réalisée en examinant des images qui auraient pu changer au cours du temps, ici la destruction de la centrale et la fumée. Plutôt que d’utiliser l’historique de Google Earth Pro, le navigateur de Sentinel Hub peut être utilisé pour sa meilleure fréquence d’images satellites.

En l’occurrence, on trouve sur Sentinel Hub cette photo datée du 16 février 2016.

En superposant des images de Sentinel-2 depuis Sentinel Hub avec un script de l’incendie réalisé par Pierre Markuse (trouvé ici sur Github) avec Google Earth, on peut comparer la direction de la colonne de fumée à l’Est pour la faire correspondre à celle observée dans la vidéo, vérifiant ainsi la date et le lieu.

Des images postées sur les réseaux sociaux et tournées après l’attaque de la centrale thermique d’Alep montrent également un véhicule Iveco, probablement celui d’al-Hassan. Nous avons pu géolocaliser cette image à cet endroit (Le véhicule est identifié par la flèche verte dans l’image en bas à gauche) :

Les Faucons du désert à al-Rassafah (الرصافة‎)

En juin 2016, un VTLM a également été repéré sur la route reliant les champs pétroliers de Sufyan à Tabaqah (en bas à gauche) à côté d’un véhicule GAZ Tigr russe (en bas à droite).

Plusieurs sources ont expliqué qu’il s’agissait d’une offensive menée par différentes unités appartenant à l’Armée arabe syrienne. Parmi elles se trouvait la Suqour al-Sahara (لواء صقور الصحراء‎), plus connue sous le nom des Faucons du désert, déployée à Ithriyah le 2 juin 2016, et se dirigeant vers Raqqa via l’autoroute 42 avec du soutien russe.

La force principale, après avoir atteint le carrefour de Safiya, aurait quitté l’autoroute 42 en direction du nord après les champs pétroliers de Sufyan et attaqué des positions de l’État Islamique (EI) tout en essayant de rejoindre la base aérienne de Tabaqah. Une contre-attaque de l’EI avait finalement forcé l’Armée arabe syrienne à battre en retraite et à abandonner tous les territoires qu’elle occupait jusque-là au-dessus du champ pétrolier.

Des images de l’offensive permettent d’avoir une vision plus claire de la région et d’identifier l’endroit exact ou le VTLM d’Iveco a été repéré.

Cette variation du relief, visible en regardant au nord depuis le VTLM, a été retrouvée sur Google Earth après avoir examiné de larges portions de la route connectant le champ pétrolier de Sufyan à la base aérienne de Tabaqah et correspond à la zone précédant le champ pétrolier de Thawra en provenance du Sud.

En analysant cette portion de route sur d’autres plateformes d’imagerie satellite, une seconde rangée de poteaux suivant la route (d’où on peut voir le VTLM d’Iveco aligné avec le sommet de la colline devant) est visible. C’est une indication supplémentaire que la route visible sur la première photo et sur la vidéo correspondent avec celles prises par satellite.

Une photo de la même scène prise depuis les véhicules situés en première ligne permet de trouver la pièce manquante : l’antenne à la gauche de l’image indique la position de la station d’al-Rassafah, que le convoi a du traverser précédemment depuis l’autoroute 42. Nous pouvons donc réduire la section de la route qui nous intéresse entre ces deux points, Thawra et Rassafah.

En utilisant les deux photographies et la vidéo mentionnées plus haut nous avons été en mesure de géolocaliser le VTLM d’Iveco à cet endroit exact.

Pour chronolocaliser l’évenement nous pouvons, une fois de plus, nous concentrer sur un incendie. Dans le cas présent celui capturé dans la vidéo de RT que nous avons mentionné plus haut. Cette vidéo a été postée sur YouTube le 20 juin 2016, mais a visiblement été tournée avant cette date. La fumée provient du complexe industriel de Thawra, mais il semble que l’origine de l’incendie soit plutôt un objet plus petit, probablement un véhicule, plus proche de la camera et sur le côté de la route. Les batîments du complexe semblent être en réalité plus proches de l’arrière-plan par rapport aux flammes. Nous pouvons nous en apercevoir avec l’illustration ci-dessous, où le complexe industriel de Thawra est marqué en vert, tandis que l’origine de la fumée semble provenir d’un endroit plus à droite de l’image, marqué avec le cercle rouge.

En comparant les images de la région prises par Sentinel-2A L1C avec celles de Landsat 8 USGS, respectivement le 12 et le 19 juin 2016, on aperçoit une colonne de fumée noire s’élevant vers l’Ouest et située face au point où la route tourne légèrement vers la droite, peu avant le complexe industriel. Cela correspond avec la localisation et la taille de la fumée provenant de l’objet en feu visible dans la vidéo, ainsi qu’avec la géolocalisation du VTLM.

Étant donné que l’image satellite du 12 juin 2016 ne montre aucune signe de feu ou de sol carbonisé sur cette partie du paysage, et puisque l’Armée arabe syrienne semble avoir abandonné le territoire conquis jusqu’à Thawra après la contre-attaque de l’EI le 18 juin, la photo du VTLM d’Iveco doit avoir été prise entre le 12 et le 19 juin 2016, plus probablement plus proche de cette dernière date.

Pour prouver définitivement l’existence et la nature de l’incendie ainsi que la direction de la colonne de fumée, EOS LandViewer permet d’appliquer une combinaison de bandes infrarouges à ondes courtes. Cela permet de repérer une zone particulièrement chaude qui brille.

Au centre de la première photo se trouve Mohammad Jaber (محمد جابر), leader de la brigade des Faucons du désert, qui porte des lunettes de soleil. Jaber est entouré par des soldats équipés d’une façon particulière : l’homme avec le visage dissimulé se tenant devant lui porte un fusil d’assaut AK-74 ainsi qu’un patch militaire russe sur son bras gauche. Deux hommes à l’arrière-plan – dont celui à bord du véhicule Tigr – portent un casque de type 6b47.

Les caractéristiques des équipements listés ci-dessous, ainsi que la présence du VTLM d’Iveco et du GAZ Tigr, suggèrent que le soutien russe aux Faucons du désert était à ce moment-là important.

Mohammed Jaber a dirigé cette brigade, une milice chiite ayant participé à de nombreuses batailles avec l’Armée arabe syrienne entre 2013 et 2017. Malgré plusieurs succès militaires, l’unité aurait été dissoute en août 2017.

Mohammad Jaber, et son frère Ayman Jaber (أيمن جابر), sont sur la liste des personnes sanctionnées par l’UE depuis 2011 pour leur rôle dans la répression et les violences contre la population civiles et la coordination des milices Chabbiha ainsi que pour avoir fourni un soutien économique au régime de Bachar al-Assad.

Les Faucons du désert et le Hezbollah dans l’offensive de Palmyre à Barayat ouest (البيارات الغربية)

Le VTLM d’Iveco a également été repéré sur la route 32 qui relie la base aérienne T4 de Tifor à Palmyre, équipé de ce qui semble être une mitrailleuse de type DShK et de calibre 12.7, probablement montée sur son toit.

Après l’examen d’un grand nombre d’images provenant de la campagne de Palmyre, nous avons trouvé cette vidéo. Elle a été enregistrée au même endroit, apparemment quelques secondes à peine avant l’image ci-dessus, et montre l’Iveco avec une trappe ouverte sur son toît, à l’arrière-plan.

Deux autres vidéos (ici et ici), ainsi que cette image, toutes prises autour du même endroit, permettent de géolocaliser le VTLM d’Iveco sur cette position.

L’image principale a d’abord été publiée sur le site de l’agence de presse arabe syrienne (SANA) le 17 février 2017. D’après Wikimapia, la zone où l’Iveco a été localisé est appelée Bayarat Ouest (البيارات الغربية).

Al-Masdar News a publié cette carte le 14 février 2017 pour annoncer la capture du champs gazier et pétrolier d’Hayan par l’Armée arabe syrienne.

Le 15 février, SANA a publié une vidéo montrant des combats autour du champ gazier d’Hayan. Cela permet de réduire la date de prise de l’image entre le 14 et le 17 février 2017.

La campagne de Palmyre a commencé le 13 janvier et s’est terminée le 3 mars, l’Armée arabe syrienne reprenant alors le contrôle de la cité antique, ses collines avoisinantes ainsi que de ses champs gaziers et pétroliers. Le Hezbollah et la brigade des Faucons du désert étaient parmi les unités ayant participé à la campagne.

Ce reportage de RT au sujet de l’avancée de l’Armée arabe syrienne sur Palmyre inclut l’interview d’un soldat. Sur le badge de son bras gauche on peut lire قوات صقور الصحراء‎, : «Les forces des Faucons du désert».

Nous avons pu géolocaliser cette vidéo. Elle a été tournée sur cette colline, près du triangle de Palmyre :

Al-Manar TV, une chaîne libanaise interdite dans plusieurs pays en raison de ses liens avec le Hezbollah (voir ici et ici) a annoncé la participation du Hezbollah à l’offensive de Palmyre en visitant l’une des positions défensives de celui-ci du Hezbollah. Ce reportage (archivé) inclus des images de soldats se tenant dans des tranchées sur une colline, ainsi que des interviews avec des soldats s’exprimant sur l’importance stratégique de Palmyre du point de vue libanais.

L’une de ces positions défensives, avec un soldat se tenant derrière des sacs de sable, a été géolocalisée sur cette colline (une autre image permettant de réaliser une meilleure analyse a été trouvée sur Twitter).

4. Pourquoi les transactions pour la vente de ces armes semblent anormales

La licence d’exportation autorisée en 2009

Le rapport 2009 du parlement italien sur la vente et l’export d’équipements militaires déclare qu’Iveco a bénéficié d’une licence du ministère des Affaires étrangères pour exporter :

  • 2 modèles de véhicules blindés M65E19WM
  • 3 manuels
  • 98 pièces détachées et outils pour le même modèle de véhicule

La valeur totale de cette licence s’élevait à 642,064 €. Nous avons fourni des captures du rapport où tout ceci est indiqué dans les encadrés rouges (Document 1; «modèle M65E19WM» est le nom original). Ces captures ci-dessous correspondent à toute autre mention des pièces jointes associées.

 

Dans le rapport du ministère de l’Économie et des Finances concernant les exports réalisés, le même montant est mentionné pour les paiements au profit de la Russie.
Ainsi, nous pouvons affirmer que :

  • Le numéro de la licence est le 17977 (document 2)
  • Elle a été totalement payée en 2009 (document 2)
  • Tous les exports ont été réalisés la même année (document 3)

Les licences d’exportation d’Iveco autorisées en 2011

En 2011, une autre autorisation du ministère des Affaires étrangères a permis à Iveco de vendre 10 véhicules blindés M65E19WM pour un montant de 2.750.000 €, comme on peut le voir dans le document 4.

En comparant la valeur des licences, nous pouvons affirmer qu’il s’agit ici de la licence numéro 22210. Elle a été totalement payée par la Russie en 2011 (document 5) et son contenu exporté la même année (document 6) comme indiqué par les douanes.

Une autre autorisation émise en 2011 a également permis à Iveco d’exporter 358 véhicules M65E19WM en pièces détachées pour un montant de 96.600.000 € (document 7). Aucun paiement relatif à cette licence n’a été trouvé dans les documents du gouvernement italien – jusqu’à l’année 2018, date des dernières données disponibles – où les paiements relatifs aux exports d’armements sont normalement déclarées.

Dans le même temps, des exportations émanant de cette licence ont été effectuées en :

  • 2012 (15.474.531 € pour 57 véhicules – document 8)
  • 2013 (34.158.600 € pour 126 véhicules – document 9)
  • 2014 (21.896.400 € pour 81 véhicules – document 10)

Cette commande n’a visiblement pas été entièrement exportée (264 véhicules livrés jusqu’à 2014). Cependant selon un article du site Jane’s, publié en 2014, la Russie venait de finir l’assemblage de 358 véhicules blindés d’Iveco à la suite d’une commande datant de 2011 [article de l’agence russe ITAR-TASS], et a annoncé qu’elle n’en assemblerait pas plus.

Enfin, TASS a révelé en 2013 qu’une enquête criminelle avait été ouverte contre Oboronservis pour fraude douanière en relation avec l’importation de 264 véhicules blindés fabriqués par Iveco à la suite du contrat conclu en 2011/2012.

Les documents officiels du gouvernement racontent cependant une autre histoire :

  • 264 véhicules ont été exportés seulement en 2014 et non en 2013
  • 358 véhicules ne seront exportés qu’en 2015 (et même pas à ce moment-là) — comme on peut le voir ci-dessous — et non pas en 2014.

La licence d’exportation d’Iveco autorisée en 2015

En 2015 une nouvelle autorisation a été émise pour la vente de 94 véhicules blindés M65E19WM pour une valeur de 25.130.469 € (document 11).

En comparant les montants nous pouvons affirmer :

  • Qu’il s’agit de la licence 36288
  • Qu’un paiement pour cette licence a été effectué par la Russie pour un montant de 22.410.000 € (document 12)
  • Et que 83 véhicules sur le lot de 94 ont été exportés la même année (document 13).

En additionnant les 94 véhicules de la licence de 2015 avec les 264 exportés en 2014 pour la licence de 2011, on retrouve les 358 du lot original.

Dans le même temps, la licence de 2011 n’a pas été entièrement exportée, et les paiements relatifs sont introuvables dans les données d’exportations d’armes. Les opérations concernant la vente de ce modèle de véhicule à la Russie n’apparaissent pas non plus dans les rapports des années suivantes.

Un embargo sur les armes

Le 31 juillet 2014, le conseil de l’UE a adopté la Décision 2014/512/CFSP concernant les mesures de restriction pour répondre aux actions russes de déstabilisation en Ukraine.

Les points mentionnés dans l’article 2, paragraphe 1, sont ceux qui nous intéressent ici :

Ces mesures ont été régulièrement renouvelées depuis leur adoption en juillet 2014, jusqu’à la dernière Décision, en juin 2019 étendant les sanctions jusqu’au 31 juillet 2020.

Comme toutes les sanctions, celle-ci contient des dérogations, qui sont définies dans les paragraphes 4 à 7. C’est le paragraphe 4 qui nous intéresse ici :

Ce passage exclu des sanctions tout contrat conclu avant le 1er août 2014 ou les contrats additionnels nécessaires à la réalisation de ceux qui ont déjà été conclus avant l’établissement des sanctions, et qui ne requièrent donc pas l’autorisation ou l’information du Conseil.

Or, l’autorisation de licence pour la vente de 94 véhicules blindés M65E19WM pour un montant de 25.130.469 € a été émise après l’adoption de la Décision 2014/512/CFSP.

Points principaux

Dans cette enquête en sources ouvertes, nous avons montré le trajet du VTLM d’Iveco alors qu’il était vendu à la Russie par l’Italie, avec des autorisations de licences d’exportation émises par le gouvernement.

Nous avons établi que certaines de ces exportations sont en contradiction avec la position commune de l’Union européenne, et ont été autorisées après l’établissement des sanctions contre la Russie émises par l’UE.

Nous avons montré pour quelle raison ces gardes-fous ont justemment été établis : afin d’empêcher des armes européennes de se retrouver dans les mains de commandants de milices sanctionnés par l’UE pour leur responsabilité dans des violations des droits de l’homme. Grâce à la géolocalisation et la chronolocalisation, nous avons enfin montré comme des véhicules italiens ont finis par arriver en Syrie, et où et quand ces véhicules ont été utilisés par ces commandants de milices. Ces équipements continuent à être utilisés par l’Armée syrienne et les forces russes en 2019.

Un article de Benjamin Strick traduit par Syrie Factuel

Syrie Factuel

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